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road trip velo pliant

Sébastien Bruyère vient d'achever son vélo trip Marseille-Norvège en 30 jours !

Nous vous parlions précédemment de l’aventure à vélo de Sébastien, que nous avons soutenu dans ses préparatifs.

# Interview menée par Vélo Station Joliette à l’arrivée #

VS : Salut Sébastien, première question : est-ce que l’on risque de t’embêter avec nos questions futiles ? Tu as dû devenir un modèle de calme, de contemplation et d’éloignement du monde après cette traversée au long cours en solitaire d’une bonne partie de l’Europe ?

SB : Après 30 jours seul sur le vélo, j’ai bien entendu envie de partager mon ressenti donc je suis bien content de répondre à des questions. Enfin, quand je dis « seul », voyager solo à vélo amène toujours à beaucoup de rencontres et j’ai eu beaucoup de messages des copains. Je ne sais pas si je suis devenu un modèle de calme. Je ne crois pas en fait. Si cette expérience m’a probablement fait évoluer, je mesure encore mal l’endroit de cette évolution. Mais ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que je me sens bien et que j’ai apprécié l’expérience au delà de ce que j’espérais.

VS : Qu’est ce qui t’as motivé à entreprendre ce voyage ? On a l’impression d’une quête personnelle plus qu’une aventure ou un exploit sportif.

SB : C’est exactement ça. Oui, c’était un besoin d’introspection surtout. Enfin, il y a plusieurs raisons à ce départ. D’abord, le souhait de pédaler par plaisir du vélo bien sûr et de voir jusqu’où pouvait me porter mon vélo de tous les jours (spoiler, très loin). Ensuite, il y avait aussi le besoin de partir à l’étranger, de quitter Marseille et de casser un peu ma routine mais pas en prenant des vacances courtes comme c’est souvent le cas. J’avais besoin d’une expérience sur la durée. Je précise que ce long trajet à vélo n’est qu’une partie de cette prise de recul marseillaise et qu’il me reste encore du temps loin de la ville mais ce sera moins à vélo. J’ai cherché à trouver un juste milieu entre le plaisir de pédaler et le challenge sportif mais je ne voulais pas nécessairement sombrer dans l’un ou l’autre aspect. Et je crois que je suis parvenu à maintenir un juste milieu. C’était à la fois exigeant physiquement sans pour autant m’enlever le plaisir du tourisme.

VS :  En quoi l’entreprendre en Brompton a donné une tonalité particulière ?

SB : Le Brompton est un « petit vélo marrant » aux yeux de beaucoup. Forcément, j’ai reçu beaucoup de réactions sur le chemin et j’ai souvent dû expliquer que les petites roues ne signifiaient pas plus d’effort de pédalage. La raison première du Brompton, ce n’est pas l’originalité, c’est simplement que c’est mon vélo de tous les jours et que j’ai confiance en lui. Je ne me voyais pas lancer un voyage exigeant avec une autre monture. Et au final, je me dis que je n’ai pas eu tort car le Brompton est un vélo formidable, terriblement fiable et très agréable à rouler. En plus, en cas de pépin physique ou technique, je savais qu’il m’était facile de le plier et de prendre un moyen de transport. Mais pour en revenir aux réactions, le vélo a probablement été la clé d’entrée de beaucoup de discussions spontanées en chemin et de quelques acceptations d’hébergement par des curieux. Un grand gars comme moi sur des petites roues, on se dit forcément que c’est un original. J’ai parfois craint la panne sachant que le vélo est un engin un peu particulier mais le mien avait été bien préparé par Samuel et la seule grosse panne que j’ai eue a pu être réparée avec un peu de chance (mes roulements de moyeu avant ont rendu l’âme mais c’était une pièce d’origine qui avait largement dépassé sa durée de vie).

VS : Après ces 30 jours, comment vont les jambes ?

SB : Si tu m’avais posé la question au bout de 3 jours, la réponse aurait été très différente. J’ai eu une relation particulière avec mon corps pendant ce voyage. J’ai vraiment eu l’impression que l’esprit et le corps faisaient chacun leur chemin et qu’il fallait trouver les bonnes clés pour faire avancer le tout. J’ai eu des difficultés physiques la première semaine avec les grosses chaleurs. De très gros coups de fatigue les premiers jours et des douleurs inhabituelles dans les muscles des jambes en arrivant à Paris au bout d’une semaine. Et ensuite… Plus rien ! Le matin, je sentais qu’il fallait y aller un peu mollo les premiers kilomètres mais très vite, je me sentais très bien et j’ai enchaîné sans souci 30 jours de pédalage sans véritable pause. Au contraire, après 10 jours, tout semblait complètement naturel. Je craignais surtout les douleurs du dos mais là aussi, de manière surprenante, je n’ai eu à souffrir de rien. Je m’arrête parce que j’ai atteint mon objectif mais certainement pas parce que je suis fatigué. Je serais prêt à repartir séance tenante.

VS : Comment va la selle, éternelle faiblesse du cycliste ?

SB : J’avais tellement peur de souffrir des points d’appui et notamment du fessier que j’ai beaucoup parlé avec des cyclotouristes en amont. Je me suis laissé convaincre par un passionné de tenter la selle tout carbone mais j’avais pris ma selle habituelle avec moi (une Brooks C13 Cambium) au cas où. Je ne l’ai pas regretté. Au bout de 3 jours, j’avais les fesses en mauvais état, un peu à cause de la selle peut-être mais aussi probablement à cause des débuts. Je suis revenu sur ma selle habituelle et c’est allé progressivement mieux. J’ai utilisé un cuissard mais je me suis rendu compte que le mieux était d’utiliser aussi des sparadraps sur les zones de contact car cela évite les inflammations. J’ai eu confirmation de la méthode avec d’autres cyclistes au long cours sur le chemin. J’ai utilisé cette méthode des sparadraps tout le long et je n’ai pas eu de douleur particulière ensuite. Si je sentais une légère douleur le matin en débutant, ça ne durait pas plus de quelques minutes avant que le corps se sente bien. Et c’est important de ne pas avoir de gêne quand on roule autant. Donc oui, la selle, c’est une faiblesse (au même titre que les mains et les pieds) mais ça se gère avec un peu de technique. D’ailleurs pour les mains, j’ai utilisé des mitaines Decathlon un peu haut de gamme et ça a très bien fonctionné. Et pour les pieds, des baskets et des sandales simples mais souples avec des chaussettes aérantes. Comme on m’a dit, on n’empêche pas l’eau d’entrer mais on peut l’évacuer rapidement.

VS : Comment va la tête ?

SB : Elle a vu des paysages, elle a rencontré des gens, elle a vécu des expériences et elle a laissé les urgences du quotidien un peu de côté. Je ne peux pas dire que la tête va mal. Se remplir tous les jours de choses simples et agréables et prendre un peu de recul sur les sujets qu’on connaît trop, on a beau dire qu’on le sait que c’est nécessaire mais il faut le faire pour se rappeler à quel point ça l’est. J’ai l’impression que ce mois de pédalage a duré 6 mois tant cette expérience a été dense et variée. C’est un beau rapport densité-prix quand on pense à ce qu’il m’a été nécessaire de planifier d’un point de vue financier (un congé sans solde d’environ un mois et de l’argent de côté pour les frais que j’estime à peu près à un an de l’entretien d’une voiture que je n’ai pas).

VS : Et enfin, penses tu nous faire le coup de Moitessier, et reprendre la route tout de suite ?

SB : Je ne connaissais pas Moitessier et j’ai dû aller lire sa biographie avant de pouvoir te répondre. Sa vie est un film et je pense que tu fais référence à sa décision de ne pas franchir la ligne d’arrivée (en vainqueur) du premier Golden Globe et d’aller plutôt continuer à se balader avec son bateau. Je mentirais si je dirais que je n’y ai pas songé. En fin de parcours, je n’avais aucune lassitude. Le vélo fonctionnait bien, j’étais au top physiquement et j’aurais bien continué la route. D’ailleurs, j’ai croisé quelques jeunes cyclistes qui prenaient le temps de faire cette expérience sur plusieurs mois et ils avaient l’air aussi bien dans leurs pompes que moi. Mais non, j’ai bien franchi la ligne d’arrivée et je suis prêt à remiser le vélo pour un moment. Je continue cette expérience autrement et accompagné de ma moitié, et c’est un autre plaisir dont je me languis. Alors disons que c’est peut être plus facile d’arrêter quand on sait que l’on va continuer.
Mais si la question est de savoir si je vais reprendre la route de la même manière, la réponse sera facile. Oh que oui ! Et vivement !

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